dimanche 31 janvier 2016

Le 7 février 1915: la journée du 75

La journée du 75 du 7 février 1915 a été organisée par le Touring Club de France qui a lancé "L'oeuvre du soldat au front". 

Cette Oeuvre a pour but de faire tenir à nos combattants le plus possible d'objets d'hygiène et de confort, un peu de bien-être dans les quatre à cinq cents kilomètres de tranchées où se prépare notre avenir. 

Ce jour-là, se répandent, sur tout le territoire français, 50.000 quêteuses, qui, en échange d'un joli insigne commémoratif, reçoivent l'obole que veut bien leur remettre le passant au profit de l'Oeuvre du Soldat au Front. 



Devant le succès de la quête organisée au profit du poilu (22 millions d'insignes vendus), cette action fut renouvelée le 14 février, puis prolongée pendant toute l'année 1915, avec une vente de médailles et insignes qui rapportèrent

Biographie de Emile RIMAILHO (1864-1954)

Artilleur et ingénieur issu de l’Ecole Polytechnique, il apporta de nombreux perfectionnements aux canons en usage dans l’armée française après la défaite de 1870.


Fils de Jean-Marie Rimailho et de Marie Trolley, Emile François Léon Rimailho est né le 2 mars 1864 à Paris. Admis à l’Ecole Polytechnique en octobre 1884, il en sortira deux ans plus tard pour intégrer l’Ecole d’application de l’Artillerie.



Après quelques années passées dans divers régiments, Rimailho est nommé aux ateliers de Puteaux où il va participer à la mise au point du frein de tir du canon de 75, homologué en 1897, et qui donnera à l’armement français une avance notable, mais momentanée, sur celui des nations voisines. A Puteaux, Rimailho réalise son apprentissage des techniques d’organisation sous les ordres du commandant Gustave Ply, un officier qui joua un rôle historique dans l’introduction de l’interchangeabilité dans les fabrications militaires à la fin des années 1880. 

C’est en 1898 qu’il propose le canon auquel son nom est resté attaché, le 155 court à tir rapide, adopté en 1904. Il entreprend ensuite de proposer divers types de matériels d’artillerie lourde, mais essuie toute une série de refus.
En 1899, Émile Rimailho est affecté en Afrique, puis au grade de commandant dirige entre 1906 et 1908 une batterie de 155 CTR au 13e Régiment d’Artillerie stationné à Vincennes. Après une formation d’un an au Centre des hautes études militaires, il est promu au grade de lieutenant-colonel en mars 1911.
Canon Rimailho de 155 Court à Tir Rapide (155 C.T.R.)


Mais bientôt lassé de voir ses projets écartés par la Commission technique de l’Artillerie, il fait valoir prématurément ses droits à la retraite, en février 1913, et entre à la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, l’une des deux plus grosses sociétés métallurgiques françaises avec Schneider. 
Mobilisé le 2 août 1914, il est mis à la disposition du ministre de la Guerre dès le mois de novembre de la même année, pour être employé aux usines de Marine-Homécourt à Saint-Chamond. En mars 1915, il devient directeur technique de la compagnie, responsable de la fabrication des matériels d’armement. Parallèlement, Rimailho est entré au Conseil d’administration de la Société des Etablissements Gaumont en 1913, à l’instigation de son ami Léon Gaumont. Il en sera le président entre 1927 et 1929, au moment où la firme tentera de mettre au point un appareil sonore capable de rivaliser avec le matériel cinématographique américain.

Au sortir du conflit, le parc de matériels des compagnies ferroviaires est très largement endommagé et ces dernières ne peuvent assurer seules les réparations nécessaires. C’est alors que son entreprise, ainsi que les compagnies de chemins de fer du Paris-Lyon-Méditerranée et du Paris-Orléans, la firme Schneider et les Forges de Châtillon-Commentry, lui confient la responsabilité d’une toute nouvelle société : le Compagnie Générale de Construction et d’Entretien du matériel de chemin de fer (CGCEM). Il en sera l’administrateur délégué jusqu’au début des années 1950.

La promotion 2012 des élèves ingénieurs militaires de l'ENSIETA porte son nom.

samedi 30 janvier 2016

Biographie de Eugène TURPIN (1848-1927), inventeur de la Mélinite

Eugène Turpin (1848-1927), inventeur de l'utilisation pratique de la mélinite (acide picrique) au chargement des obus.


De famille modeste, apprenti dentiste après être passé par l'Ecole primaire, Eugène Turpin a suivi les cours du soir au Conservatoire des Arts et Métiers et à l'Association philotechnique. Après avoir pris part à la guerre de 1870, il fabrique des jouets en caoutchouc et s’intéresse à leur coloration. Sa découverte des couleurs inoffensives par l’acide picrique révolutionne l’habillage des jouets en caoutchouc que les enfants peuvent désormais mettre à la bouche sans danger. Quelques mois plus tard en 1877, il est récompensé par le prestigieux Prix Montyon, attribué par l’Académie des Sciences.



L’invention de la mélinite


En 1885, Eugène Turpin découvre le premier explosif panclastique aux effets bien plus destructeurs que la dynamite. S’appuyant sur les propriétés de l’acide picrique, qu’il parvient à stabiliser par pressage dans le coton, il créé un nouvel explosif, baptisé « mélinite » en raison de sa couleur proche du miel. La même année il dépose un brevet pour sa découverte.
L’Armée ne peut nier l’évidence de son talent et l’intérêt de son invention. La mélinite permet une avancée inespérée en remplacement de la poudre noire et en augmentant considérablement les effets de l’explosion des obus. Eugène Turpin vend en 1887 son procédé au Ministère de la Guerre pour environ 250 000 francs, il est décoré de la Légion d’Honneur mais n'obtient pas l'autorisation de fabriquer de la Mélinite.

Carte postale à la gloire de Turpin (1914) -  Carte postale satirique parue en 1915

Sa colère envers l'Etat le conduit à publier un texte : « Comment on a vendu la mélinite? » qui lui vaut d'être condamné à cinq ans de prison pour divulgation de secrets nationaux et de trahison pour avoir vendu son procédé à la firme anglaise Armstrong (explosif fabriqué sous le nom de Luyddite) et au gouvernement allemand. 
Incarcéré à la prison d’Étampes, il est libéré après un an de détention le 10 avril 1893, puis réhabilité et dédommagé. Sa grâce est due à une campagne d’opinion menée par ‘’Le Petit Journal, le quotidien le plus vendu au monde à cette époque. 
L'invention de la mélinite lui revient enfin ainsi que 100000 francs de dommages et intérêts.

Le Petit Journal du 21 janvier 1893 : "récompense nationale ! M. Eugène Turpin, inventeur de la mélinite, dans sa prison."

Eugène Turpin en procès contre Jules Verne


Cet épisode et le destin peu commun de Turpin inspirent un romancier à succès.  Dans « Face au drapeau », paru en 1896, Jules Verne dresse le portrait de Thomas Roch, le premier savant fou de la littérature d’anticipation, qui ressemble sur de nombreux points à Eugène Turpin.
L’inventeur traîne Jules Verne en justice pour diffamation. Le bras de fer durera toute l’année 1897. Finalement, le romancier et son éditeur, défendus par Raymond Poincaré, le futur président de la République, sont relaxés. La correspondance de Jules Verne avec son frère révéla par la suite qu'il s'était bien inspiré de Turpin pour son roman. 

Loin du tumulte en 1898, le concepteur de la mélinite réside les trente dernières années de sa vie à Pontoise dans une jolie villa au bord de l'eau quai du Pothuis, où il aime élever des pigeons. Il s’éteint le 24 janvier 1927, emporté par une complication pulmonaire.  Il a droit à de « modestes funérailles » en la cathédrale Saint-Maclou, comme le rapporte « l'Echo pontoisien » du 3 février 1927. 

Le Miroir du 14 février 1915: "L'infatigable chercheur qui découvrit la mélinite et auquel notre artillerie doit une large part de ses succès, est allé rendre visite à nos soldats. Le voici conversant avec des officiers et des sous-officiers."



Son imposant caveau, sur lequel son nom et sa qualité d'inventeur sont gravés en lettres dorées, trône au cœur du carré des tombes anciennes dans le grand cimetière de Pontoise.






dimanche 24 janvier 2016

Biographie de Charles Etienne SAINTE-CLAIRE DEVILLE

Charles Etienne Sainte-Claire Deville (1857-1944)


Né en 1857, il entre à l'Ecole Polytechnique en 1876 et en sort dans l'Artillerie. 

Capitaine en 1886, il est affecté à la Fonderie de Bourges, puis à la Section technique, puis à l'atelier de Puteaux où il est maintenu, en 1897, avec le grade de chef d'escadron. 
Il est lieutenant-colonel en 1903, colonel en 1908 et sert à l'Atelier de Lyon, puis à la Section technique. 


Promu général de brigade en 1912, il préside les Commissions de Versailles et devient Inspecteur des Etudes et Expériences techniques de l'Artillerie, de décembre 1914 à juin 1915. 
Etant général de division en 1915, il est nommé Inspecteur général du matériel aux Armées. Il y est grièvement blessé.



L'invention du canon de 75 modèle 1897

La genèse de l'invention du canon de 75 :



Le Commandant Deport, polytechnicien et officier d'artillerie, est en 1892 le Directeur des Ateliers de Puteaux.

Il reçoit du le Général Mathieu, Directeur de l'Artillerie, des instructions relatives à l'étude d'un nouveau canon à tir rapide.


Des éléments très précis communiqués par le bureau de renseignements de l'Etat Major général ont fait naître ce projet dans l'esprit du Général Mathieu

En effet, de source sûre, les allemands ont expérimenté, au champ de tir de l'usine Gruson, un canon de campagne à frein pneumatique, à longue course, imaginé et construit par un ingénieur allemand, M. Haussner. Mais les résultats décevants ont amené l'arrêt de l'étude. Les renseignements obtenus étaient suffisamment détaillés pour permettre au Général Mathieu de penser que le problème n'était pas insoluble et que, là où les allemands ont échoué, d'autres plus habiles pourraient réussir.




Le 17 décembre 1892, le Commandant Deport écrit qu'il envisage la possibilité d'obtenir, en employant un frein à longue course, "un matériel aussi stable et plus puissant que le matériel de 52 mm du Capitaine Sainte-Claire Deville". Ce canon de 52 fut en fait le précurseur du matériel de 75.


Canon de 52 du Capitaine Sainte-Claire Deville
Canon de 52 du Capitaine Sainte-Claire Deville

Deport est promu Lieutenant-colonel à la même époque.

Le Général Mathieu, passe dans la réserve en novembre 1892, et il est remplacé par son ancien adjoint, le Général Deloye. Le projet du 75 est donc certain d'avoir une continuité assurée.

Les premiers essais:


Le canon de Deport reçoit le nom de 75 C.

Dès lors, on essaie début 1893 un récupérateur à air, mais des problèmes de surpression et d'étanchéité se posent d'emblée. Parallèlement des études sur la mise au point de deux nouveaux affûts se poursuivent. Ces deux projets sont nommés 75 A et 75 B. Ils ont pour but secret de tromper les espions allemands (notamment l'attaché militaire allemand à Paris) sur les études en cours, et de garder dans le plus grand secret l'élaboration du futur frein à long recul.


Premier spécimen de frein de tir


Le 25 novembre 1893, un tir a lieu à Bourges en présence du Général Loizillon, Ministre de la Guerre.
D'autres mises au point se poursuivent début 1894. Le 19 mai 1894, un autre tir a lieu à Calais devant le Général Mercier, Ministre de la Guerre qui prescrit par la suite de passer des marchés pour 340 éléments de canon.

Lors de ces essais, le 75 démontre une réelle supériorité dans la cadence de tir, mais le frein de tir continue à présenter des pertes d'huile inacceptables pour un matériel militaire apte à faire campagne.

Une description complète du canon est rédigée. Mais pour le moment le problème des munitions et de l'exécution du tir fusant ne sont toujours pas abordés.

C'est à ce stade de l'étude du nouveau canon que le Lieutenant-colonel Deport, ne voyant pas ses efforts aboutir et apprenant qu'il ne sera pas au tableau d'avancement pour le grade de Colonel, demande à partir à la retraite le 16 novembre 1894 et entre à la société des forges de Châtillon-Commentry.

Le Capitaine Sainte-Claire Deville est désigné par le Général Deloye pour continuer l'étude du canon type C, avec le Capitaine Rimailho comme adjoint.

Mais si brillants furent les résultats obtenus par Deport (tir rapide à 25 coups par mn, projectile de 7kg envoyé à plus de 500 m/sec), de gros problèmes d'étanchéité du frein à longue course modèle 1 persistèrent (les joints étaient détériorés, l'huile et le gaz, mal séparés par le piston libre, se mélangeaient) et le canon si performant lors d'une démonstration aurait bien été incapable de faire campagne même si 63 de ces freins furent produits en 1895.




Malgré des essais infructueux de modifications pour améliorer l'étanchéité, toutes ces difficultés conduisirent le Capitaine Sainte-Claire Deville à trois années d'études longues et laborieuses sur la mise au point d'un frein hydraulique fiable, finalement de conception assez différente de celui laissé par le Lieutenant-colonel Deport à son départ. Mais celui-ci dût élaborer le profil de ce nouveau frein dans des blocs d'acier commandés pour le modèle 1, ce qui augmenta la difficulté du problème. 

C'est le frein modèle 2, mis à l'étude dès 1896 en grande hâte, qui deviendra le frein réglementaire du canon de 75.


Frein modèle II du canon de 75C


Les différentes innovations du 75:


Par ailleurs, Sainte-Claire Deville voulait réaliser un matériel d'artillerie au sens tactique du terme, c'est-à-dire en prenant en compte et en étudiant tous les éléments de l'unité tactique qui serait dotée du canon de 75 mm :
l'organisation du service de la pièce, la préparation du tir et surtout le ravitaillement en munitions, élément primordial pour une arme à tir rapide très forte consommatrice en munitions.
Les années 1890 voient les prémices du tir fusant dans l'artillerie et le Général Langlois réclame, en 1895, que l'appareil de débouchage des évents réalisé par le Capitaine Sainte-Claire Deville pour le canon de 52 mm, soit utilisé pour le canon de 75.

Dès 1895, la suite de l'étude du canon de 75 consiste donc à la réalisation d'un ensemble complet :
  • canon,
  • culasse,
  • frein,
  • affût,
  • freins de roues assurant une parfaite immobilité lors des tirs,
  • appareil de pointage,
  • appareil de préparation du tir,
  • bouclier,
  • caisson à renversement,
  • débouchoir,
  • cartouche,
  • amorçage, etc…


Les deux points importants étaient les questions capitales du ravitaillement de la pièce en batterie, et celle du tir fusant rapide.

Pour le ravitaillement de la pièce, on doit imaginer qu'a cette époque, dans une batterie de canons De Bange de 90 mm, les caissons étaient arrêtés 16 mètres en arrière des pièces, et que des navettes se faisaient au moyen de servants emportant les projectiles dans leurs bras et faisant des allers et retours entre la pièce et le caisson.





Lors des premiers essais du canon de 75, on avait gardé cette méthode pour approvisionner le canon en munitions lors du tir.
Mais, du fait de la fatigue rapide des servants devant soutenir la cadence élevée du tir, on décida de placer les munitions à côté de la pièce.



L'arrière train de l'attelage du canon, laissé à côté de la pièce, était tout destiné pour faire office de coffre à munitions. Les cartouches du canon de 75, étaient transportées verticalement dans ce caisson. Par renversement de celui-ci lorsque qu'il était placé à côté de la pièce, les munitions se retrouvaient donc en position horizontale, et pouvaient être sorties facilement par les servants. Cet ingénieux système de renversement fut nécessaire du fait que les munitions subissaient trop de contraintes et de déformations si elles étaient transportées horizontalement. Des problèmes d'introduction des cartouches dans l'âme du canon arrivaient trop fréquemment lors des essais.
Le fond de l'arrière-train était constitué d'un bouclier, et les servants dissimulés derrière le caisson et ses portes ouvertes se trouvaient abrités de l'ennemi.

Enfin, le débouchoir d'évent trouvait naturellement sa place entre les deux coffres, au pied du caisson. Cet appareil destiné à régler le retard de fonctionnement des fusées pour le tir fusant était organisé de telle sorte que les débouchages soient plus rapides que le tir lui-même. Le tir fusant rapide était réalisé.

Notons au passage quelques éléments constitutifs du canon de 75 qui ont aussi contribué à en faire " le " canon le plus performant et novateur de l'époque :
- Le système de hausse indépendante du canon qui permet des repointages en angle beaucoup plus rapides.
- L'immobilité de l'affût pendant le tir est elle, obtenue par la bêche ancrée dans le sol à l'arrière, et par un frein de roues à " abattage " planté dans le sol sous chaque roue.

- Le bloc de culasse à vis excentrée "Nordenfelt" permet d'ouvrir et de fermer très rapidement la culasse (d'un seul mouvement) et ainsi de gagner le pari du tir rapide.

Voici son principe de fonctionnement :
on ouvrait le mécanisme en saisissant la poignée et en tournant le bloc de culasse de 120 degrés vers la gauche. Ce déplacement circulaire découvrait l'âme du canon. On insérait une cartouche dans la chambre, puis un mouvement inverse de la poignée refermait la culasse.
Ces mouvements très simples pouvaient être effectués en quelques secondes par des servants exercés.
L'obturation, c'est-à-dire l'étanchéité de la culasse était assurée par la douille en laiton sertie à l'arrière de l'obus.

La fabrication et la mise en service des premiers 75:


En décembre 1896, alors que des essais plus que convaincants du frein modèle 2 se sont déroulés en septembre (10 000 coups tirés sans incident à une cadence de vingt coups par minute), le canon semble être enfin au point. Une première commande de 600 freins de tir modèle 2 est lancée, livrable en 1897.

Deport, Rimailho et Sainte-Claire Deville ainsi que tous les autres acteurs de ce pari technologique ont réussi : le canon est officiellement adopté en 1897 sous le nom de "75 modèle 1897". 300 millions furent débloqués par le Président du conseil, M. Méline, ceci dans la plus grande discrétion pour ne pas éveiller l'attention de l'Allemagne.



La fabrication du 75 peut donc réellement commencer. Sainte-Claire Deville veut que les éléments du canon soient parfaitement interchangeables les uns avec les autres afin de faciliter la maintenance et le remplacement de pièces. 
Les manufactures désignées sont donc associées deux par deux pour construire les mêmes éléments:
Les bouches à feu seront fabriquées à Bourges et à Tarbes, les affûts à Tarbes et à Tulleles caissons à Saint-Etienne et à Châtelleraultet les glissières à Puteaux et à Saint-Etienne.

Une inspection des fabrications, dirigée par le Général Gras, est créée en décembre 1897. Son rôle est de contrôler la qualité des pièces fabriquées et à coordonner les différentes manufactures afin de réduire le coût de fabrication.

Mais le financement de la fabrication dût rester secret vis à vis du parlement afin de ne pas dévoiler le projet du 75. Car si la fabrication du 75 C était déjà lancée, on continuait les essais sur les matériels de 75 A et B. On décida même de construire une batterie de 75 type B, en essayant de cacher le projet aux allemands, toujours pour continuer à tromper leurs espions. Le matériel type B était un modèle rigide élaboré par le Capitaine Ducros. Pour garder le secret jusqu'au bout, on fit même croire à celui-ci que son 75 B serait très certainement choisi. Le résultat fût que les allemands, pour combler leur retard face au projet du 75 B, adoptèrent en grande hâte le canon de 77 mm à affût rigide en 1896, canon bien inférieur à notre valeureux 75. La supercherie avait donc bien fonctionné jusqu'au bout!

Le 75 sera présenté pour la première fois au yeux du public lors du défilé du 14 juillet 1899.



Sainte Claire-DevilleLe Lieutenant-colonel Deport


samedi 23 janvier 2016

Biographie de Paul VIEILLE

Paul Marie Eugène Vieille (1854-1934), fut Inspecteur général des Poudres et Salpêtres, et membre de l'Institut (Académie des sciences en 1904). 


Avec Berthelot il découvrira le processus de l’onde explosive (1881). Il inventera en 1884, la poudre sans fumée (poudre colloïdale), connue généralement sous le nom de « poudre B ».

Sorti de l'École polytechnique en 1875, il choisit le corps militaire des ingénieurs des poudres et explosifs et entre au Service des études du Corps des poudres. De 1882 à 1914, il est répétiteur, professeur de physique et examinateur à l'École polytechnique ; il met fin à ces fonctions, par déontologie, au moment où son fils Henri intègre l'École en 1912.

En 1884, il invente la poudre sans fumée. Les avantages de celle-ci par rapport à l'ancienne poudre noire, la font rapidement adopter, tant pour les armes portatives que pour l'artillerie : elle réduit des deux tiers la quantité de poudre nécessaire au chargement des munitions d'infanterie et d'artillerie ; elle ne génère qu'un encrassement négligeable des armes ; ne générant plus de fumée, elle rend plus difficile le repérage de la zone d'où proviennent les tirs. Initialement appelée "poudre V" (comme Vieille), cette nouvelle poudre fut en fait baptisée "poudre B" lorsqu'elle fut adoptée par le ministère du général Boulanger.

Dès 1886, la France l'utilise dans le fusil Lebel modèle 1886. Les autres puissances militaires de l'époque ne tarderont pas à suivre.

Paul Vieille


Il poursuivra de nombreux travaux sur les ondes de choc et sur la stabilité des poudres à la nitrocellulose (1901-1907, "épreuve de Vieille").

Pour ses travaux en mécanique, l'Académie des sciences lui décerne en 1887 le prix Montyon et en 1889 le prestigieux prix Leconte.

Il est nommé en 1904 ingénieur général des poudres et directeur du Laboratoire central des poudres et salpêtres à Paris. La même année, il est élu membre de l'Académie des sciences.

Il est élevé à la dignité de grand croix de la Légion d'honneur, le 28 décembre 1928. Ses insignes lui sont remis le 18 janvier 1929 par Louis Lépine.


Biographie du lieutenant-colonel DEPORT (1846-1926).

Premier réalisateur du canon de 75 à tir rapide.


Joseph-Albert Deport est un militaire et ingénieur français, né à (Saint-Loup-sur-Semouse) (Haute-Saône) le 17 septembre 1846 et mort à Houlgate (Calvados) le 1er novembre 1926. Il est l'inventeur du canon de 75.
Élève à l'École polytechnique (1866-1868), puis à l’École d'application de l'artillerie et du génie de Metz les deux années suivantes en tant que Lieutenant, il prend part aux combats de la Guerre franco-prussienne de 1870 et de la Commune de Paris jusqu'en juin 1871 et participe ainsi aux deux sièges de Paris. Blessé, il est fait chevalier de la Légion d'honneur en septembre 1870.
Militaire de carrière comme lieutenant

vendredi 22 janvier 2016

Les caractéristiques du canon de 75 modèle 1897

Caractéristiques du canon:


  • Calibre : 75 mm.
  • Portée maximale : de 8000 à 11000 mètres.
  • Longueur totale de la bouche à feu : 2, 72 m
  • Longueur de la partie rayée : 2, 23 m.
  • Rayures : 24, à droite, à pas constant. 
  • Profondeur des rayures : 0, 5 mm.
  • Poids de la culasse : 27 kg.
  • Poids de la masse reculante : 461 kg.
  • Poids de la pièce en batterie : 1140 kg
  • Poids d'une roue n° 7 renforcée : 81 kg
  • Longueur totale de la pièce en batterie : 4, 45 m.
  • Largeur de la voie : 1, 51 m.
  • Longueur du recul : de 114 à 122 cm.
  • Poids en ordre de route avec avant-train : 1970 kg.

Pointage :

  • en hauteur : de - 11à + 18 degrés.
  • en direction : 6 degrés.

Cadence de tir : 28 coups / mn (maximum).6 coups / mn (pratique).

Vitesse initiale de l'obus : entre 525 et 577 m/sec.

Mécanisme de

mercredi 13 janvier 2016

La batterie de 75 montée

La batterie montée de 75 est la batterie traditionnelle de l'Artillerie de Campagne.


Elle est commandée par un Capitaine de l'armée d'active. Sur le pied de guerre, le personnel de la batterie est réparti en 9 pelotons de pièce.

Chaque pièce est commandée par un Maréchal-des-logis, assisté de un ou de deux Brigadiers:
- les quatre premières pièces attellent chacune un canon de 75 et un caisson,
- la 5° pièce attelle 2 caissons,
- la 6° pièce attelle 3 caissons,
- la 7° pièce attelle 3 caissons,
- la 8° pièce attelle la forge et le chariot de batterie,
- la 9° pièce attelle le train régimentaire qui comprend le chariot-fourragère et 3 fourgons à vivres.

Les 5 premières pièces constituent la batterie de tir, qui est placée sous les ordres du Lieutenant de l'armée d'active.

Les 6°, 7° et 8° pièces constituent l'échelon, qui est placé sous les ordres du Lieutenant de réserve.

La 9° pièce constitue une partie du train régimentaire. Lorsque cette 9° pièce est réunie à la batterie, elle placée sous les ordres du Lieutenant de réserve.

Carte postale: Un groupe D'artillerie attendant les ordres



TABLEAU D'EFFECTIFS DE LA BATTERIE MONTÉE DE 75 SUR LE PIED DE GUERRE


Officiers : 1 capitaine, 1 lieutenant de l'armée active, 1 lieutenant de réserve.

Voitures : 22 dont 19 attelées à 6 chevaux et 3 attelées à 2.

DÉSIGNATION DU PERSONNEL.
NUMEROS DES PIECES
Batterie de tir
Echelon
Train
TOTAUX
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
9.
Adjudant
1
1
Maréchal des logis chef
1
1
Maréchaux des logis
2
1
2
1
1
1
1
2
11
Maréchal des logis mécanicien
1
1
Maréchal des logis fourrier
1
1
Brigadiers
2
2
1
1
1
1
1
1
2
12
Maréchal des logis ou brigadier maréchal ferrant
1
1
Trompettes
1
1
1
1
4
Ouvriers
2
1
1
4
Bourreliers
1
1
2
Aides maréchaux
montés
1
non montés
1
1
2
Infirmiers
1
1
Brancardiers
4
4
Servants
5
5
5
5
3
7
1
1
12
44
Conducteurs
montés
6
6
6
6
6
9
9
12
6
66
non montés
1
1
1
1
1
1
2
3
4
15
TOTAUX (hommes)
17
16
16
16
16
20
21
21
28
171
Chevaux
d’officiers
1
2
1
4
de selle
5
4
4
4
4
2
3
3
3
32
d'attelage
12
12
12
12
12
18
18
24
12
132
TOTAUX (chevaux)
17
17
18
16
16
21
21
27
15
168